Joris Segonds : la touche ratée et la leçon de Bayonne

Joris Segonds, l’ouvreur qui a dit  » c’est pour ma poire « 

Il restait quelques minutes à jouer à Jean-Dauger. Bayonne venait de reprendre l’avantage face à Lyon, la tribune poussait, et il ne fallait plus qu’une chose : sortir le ballon en touche et laisser filer le chrono. Joris Segonds a frappé. Et le ballon, au lieu de trouver la ligne, est tombé dans les bras de Jiuta Wainiqolo.

La suite, tout le monde l’a vue. L’ailier lyonnais lance Iosefo Masi, essai, 27-31, et Bayonne perd un match qu’il avait en main. Le plus intéressant, pourtant, s’est passé après le coup de sifflet. Dans le vestiaire puis devant les micros, l’ouvreur basque a tout pris pour lui. Responsabilité totale, aucune excuse, pas de partage de la faute. Une phrase a résumé son état d’esprit : c’est pour sa poire.

Vu depuis la ligne de touche, ce genre de scène dit beaucoup d’un joueur. Alors parlons de Joris Segonds.

Bayonne – Lyon : ce qui s’est vraiment passé

Voilà le contexte. Samedi 24 octobre, 7e journée du Top 14. Bayonne reçoit le LOU et mène 21-12 à la pause. Le match semble sous contrôle, puis Lyon revient, et l’Aviron doit se battre pour repasser devant dans les dernières minutes.

Et c’est là que ça se complique. Sur le coup de pied de dégagement, Segonds manque sa cible. Le ballon ne sort pas, Wainiqolo le récupère, accélère et sert Masi pour l’essai décisif. Le ballon qui devait tuer le match l’a relancé dans le mauvais sens.

Le plus cruel ? Au pied, sur les tirs au but, Segonds avait plutôt bien fait son travail ce soir-là. Mais au rugby, un seul geste peut effacer quatre-vingts minutes. Et un ouvreur le sait mieux que personne.

Joris Segonds, une réaction qui l’honore

On ne va pas se mentir, beaucoup de joueurs auraient cherché une explication. Le vent, le rebond, la pression, un appel mal compris. Segonds, lui, n’a rien cherché. Il a expliqué l’avoir dit directement à ses coéquipiers dans le vestiaire, et a insisté pour que personne d’autre ne porte cette décision.

Son entraîneur, Gerard Fraser, n’a pas épargné la charnière dans son ensemble, estimant qu’elle était loin de son niveau. Une critique sévère, mais qui a au moins le mérite de ne pas désigner un seul coupable. Résultat ? Bayonne reste sixième du Top 14 avec 18 points, à égalité avec La Rochelle, Lyon et Montpellier.

  • Score à la pause : 21-12 pour Bayonne.
  • Score final : 27-31 pour Lyon.
  • L’action décisive : un dégagement mal exécuté, récupéré par Jiuta Wainiqolo, conclu par Iosefo Masi.
  • Le classement après la journée : Bayonne sixième, 18 points, dans un peloton de quatre équipes à égalité.

De Decazeville à Jean-Dauger, un parcours à l’ancienne

Pour comprendre Joris Segonds, il faut remonter à Decazeville, dans l’Aveyron, où il est né en avril 1997. C’est là qu’il commence le rugby, au SC Decazeville, avant de rejoindre Aurillac à 16 ans. Un vrai parcours de rugby de province, loin des grands centres de formation des métropoles.

À Aurillac, il s’impose en Pro D2 et apprend son métier d’ouvreur dans un championnat rugueux, où chaque point compte. Puis, en 2019, le Stade Français vient le chercher. Le grand saut vers le Top 14 et la capitale.

Les années parisiennes

Au Stade Français, Segonds devient un rouage majeur. Cinq saisons, plus de mille points inscrits, et une saison 2022-2023 où il termine meilleur réalisateur du Top 14 avec 240 points. Pour un joueur passé par la Pro D2 et arrivé sans tambour ni trompette, c’est une vraie consécration.

En 2024, il choisit Bayonne. Un nouveau défi, dans un club au public parmi les plus chauds de France et où le numéro 10 porte toujours un poids particulier.

PériodeClubDivisionCe qu’il faut retenir
2003-2013SC DecazevilleFormationLes premiers pas dans l’Aveyron
2013-2016Stade aurillacoisFormationL’apprentissage chez les jeunes
2016-2019Stade aurillacoisPro D260 matchs, 464 points
2019-2024Stade FrançaisTop 14125 matchs, 1 037 points, meilleur réalisateur 2022-2023
Depuis 2024Aviron bayonnaisTop 14Sous contrat jusqu’en 2028

Le maillot bleu, enfin

Longtemps cité comme un candidat sérieux à l’équipe de France, Segonds a fini par connaître la sélection à l’été 2025, lors de la tournée en Nouvelle-Zélande. Une tournée difficile pour les Bleus, battus trois fois par les All Blacks, mais une étape importante pour un joueur qui a construit sa carrière marche après marche. Depuis, la concurrence au poste d’ouvreur est féroce, avec Romain Ntamack, Matthieu Jalibert ou Antoine Hastoy.

Une saison 2026-2027 entre galère et retour

Cet automne n’a pas commencé comme prévu. Lors d’un match amical de préparation contre le Stade Toulousain, Joris Segonds se blesse à la cheville. Il pense d’abord à un simple coup. Le diagnostic est plus sérieux : une déchirure partielle de la syndesmose, compliquée ensuite par une infection après une infiltration.

Résultat ? Environ cinq semaines sans fouler le terrain, du travail en salle, et pour la première fois de sa carrière professionnelle, un début de championnat raté. Il manque les trois premières journées de Top 14.

Mais le joueur a aussi profité de cette période. Il a vécu sa première préparation complète avec Bayonne, a perdu deux kilos et pèse désormais 89 kilos pour 1,81 m. Moins de charge sur les articulations, plus de fraîcheur. Il voulait aussi devenir plus tranchant ballon en main.

StatistiqueSaison 2026-2027 (Top 14)
Matchs joués4
Titularisations4
Minutes320, soit 80 par match
Points marqués51
Essais0

Concrètement, depuis son retour, Segonds a joué tous les matchs en intégralité. Cinquante et un points en quatre rencontres, soit plus de douze par match : le buteur est toujours là. C’est d’ailleurs ce qui rend l’erreur contre Lyon encore plus frustrante pour lui.

Du Preez, Fraser, Jean-Dauger : le contexte bayonnais

Il faut aussi replacer Joris Segonds dans un club en pleine transition. La saison dernière, Bayonne a terminé douzième de la phase régulière, un an après une demi-finale. En février 2026, Grégory Patat est parti, et Gerard Fraser, son ancien adjoint néo-zélandais, a pris les commandes, avec Laurent Travers comme directeur du rugby.

L’été a été agité : dix arrivées, treize départs. Au poste d’ouvreur, Bayonne a recruté Rob du Preez, en provenance de Sale. Deux numéros 10 de métier seulement pour toute une saison, c’est peu. Et entre les deux, la concurrence est réelle.

  • Rob du Preez : le recrutement phare à l’ouverture, arrivé d’Angleterre.
  • Joris Segonds : le buteur et l’homme d’expérience du Top 14.
  • Le staff : Camille Lopez, ancien grand ouvreur de l’Aviron, travaille désormais avec les lignes arrière.
  • L’objectif affiché : pas de classement visé officiellement, mais reconquérir le public de Jean-Dauger.

Franchement, c’est peut-être là que se trouve le vrai sujet. Un public qui a besoin d’être reconquis pardonne difficilement une défaite à domicile. Et c’est justement pour ça que la réaction de Segonds compte. Assumer devant tout le monde, c’est aussi une façon de s’adresser aux tribunes.

Notre avis depuis la ligne de touche

On peut reprocher beaucoup de choses à ce dégagement. Le choix, l’exécution, le moment. Mais on ne peut rien reprocher à la réaction. Dans un sport où l’on parle sans cesse de valeurs, un joueur qui dit simplement  » c’est ma faute  » vaut tous les discours.

Et puis, soyons honnêtes : les ouvreurs qui ne ratent jamais rien n’existent pas. Ceux qui prennent la responsabilité des coups de pied décisifs sont aussi ceux qui, un jour, font gagner leur équipe sur le même geste. Segonds a déjà prouvé qu’il savait le faire à Paris. Il a maintenant l’occasion de le prouver à Bayonne.

La vraie question n’est donc pas de savoir s’il a raté. C’est de voir comment il répondra au prochain coup de pied important. Parce qu’au rugby, la confiance d’un buteur se reconstruit toujours sur le terrain, jamais en conférence de presse.

Questions fréquentes sur Joris Segonds

Quel est le club de Joris Segonds ?

Il joue à l’Aviron bayonnais depuis 2024, après cinq saisons au Stade Français. Il est sous contrat avec Bayonne jusqu’en 2028.

À quel poste joue Joris Segonds ?

Demi d’ouverture. Il est aussi le buteur de son équipe.

D’où vient Joris Segonds ?

Il est né à Decazeville, dans l’Aveyron, en avril 1997, et a été formé au SC Decazeville puis à Aurillac.

Quelle erreur Joris Segonds a-t-il commise contre Lyon ?

En fin de match, son dégagement destiné à trouver la touche a été récupéré par Jiuta Wainiqolo, à l’origine de l’essai décisif de Iosefo Masi. Lyon s’est imposé 31-27.

Joris Segonds a-t-il joué en équipe de France ?

Oui, il a été sélectionné pour la première fois lors de la tournée des Bleus en Nouvelle-Zélande, à l’été 2025.

Pourquoi Joris Segonds a-t-il manqué le début de saison ?

Il s’est blessé à la cheville lors d’un match amical contre Toulouse : une déchirure partielle de la syndesmose, qui l’a tenu éloigné des terrains environ cinq semaines.

A-t-il déjà été meilleur réalisateur du Top 14 ?

Oui, lors de la saison 2022-2023 avec le Stade Français, avec 240 points.

Le prochain match dira tout. Si Bayonne obtient une pénalité à cinq minutes de la fin, qui prendra le ballon ? On parie sur Joris Segonds. Et vous, vous lui confieriez le prochain coup de pied décisif ?


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